Drôle de drame

by Marcel Carné · France · 1937

London, circa 1900. At a conference, Bishop Soper (Louis Jouvet) condemns the lack of morality in certain novels, including those written by a certain Félix Chapel. As proof, he cites the violent outburst by Kramps (Jean-Louis Barrault), the ‘butcher’s killer’, who blames the author in question for his actions. The bishop, having invited himself to dinner at his cousins’ house, the Molyneuxes, questions his host Irwin (Michel Simon) about the strange absence of his wife Margaret (Françoise Rosay). He alerts the police. However, Irwin is none other than Félix Chapel...

À la suite d'une rencontre avec Marcel Carné, Édouard Corniglion-Molinier, aviateur chevronné, journaliste, producteur et ami des frères Prévert, décide de produire son second film, après Jenny (1936). Il lui en propose même le sujet, l'adaptation d'un roman policier britannique, His First Offence de Joseph Storer Clouston.

L'argument, difficilement racontable, est une suite de quiproquos dans la bonne société londonienne, une histoire de crime, de disparition, de mœurs légères... Carné rassemble une équipe technique et artistique telle que le tournage dure à peine plus de vingt jours, dans une ambiance joyeuse, malgré les querelles entre Jouvet et Simon. Carné en serait ravi : « Je pensais très simplement que, là où je m'étais amusé comme un fou, les spectateurs feraient de même... Je devais tomber de haut. » (Marcel Carné, La Vie à belles dents, éd. Jean Vuarnet, 1975)

Drôle de drame reçoit une volée de bois vert à sa sortie, spectateurs et critiques sont unanimes : « De qui se moque-t-on ?! » Pour André Maurois, « ce n'est pas un drame, mais ce n'est pas drôle. » L'humour loufoque poussé à l'extrême et l'esprit irrévérencieux du film ne sont pas compris. Le nonsense britannique est alors encore peu pratiqué. On s'interroge également sur la présence de Louis Jouvet. Pourtant, il est un ecclésiastique saisissant : « Insecte noir, gigantesque et anguleux, il décrit des cercles menaçants autour des autres protagonistes. Il répand le fiel et diffuse le soupçon. Bref, l'évêque de Belford sue la fourberie, la lâcheté et la salacité. » (Olivier Barrot et Raymond Chirat, Salut à Louis Jouvet, Ed. du Rocher, 2002)

Deuxième film de la longue et fructueuse collaboration entre Carné et Prévert, Drôle de drame bénéficiera d'une bien meilleure réception lors de sa reprise après-guerre, gagnant ainsi la place qu'on lui connaît au sein du répertoire français. Le public était enfin prêt à l'accueillir.

« Il me paraît […] que l'originalité profonde de Drôle de drame a été caractérisée par une liberté d'expression et la synthèse de l'humour et de la poésie. Et c'est peut-être cela qui a surpris le public, mais c'est grâce à ce film que Prévert et Carné ont imposé au monde du cinéma la poésie burlesque, la qualité du verbe poétique, l'humour et la liberté totale dans les associations d'idées du montage. C'est ce qui me semble donner toute sa valeur moderne et future à Drôle de drame. » (Jean-Louis Barrault, préface de Drôle de drame, Balland, 1974)